Visualisation et dégustation de vin : retour sur une expérience scientifique avec Franck Thomas Formation
Il y a quelques semaines, j'ai eu la chance de participer à une expérience œnologique aussi originale qu'instructive, organisée par Franck Thomas Formation en partenariat avec la Revue du Vin de France Academy. Entre science, pédagogie innovante et découvertes sensorielles, voici le récit d'une aventure qui questionne notre rapport à la dégustation.
Dans le monde du vin, la formation continue n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Les millésimes changent, les tendances évoluent, et notre palais – cet outil précieux mais capricieux – mérite d'être entretenu, challengé, éduqué. C'est dans cet esprit que, lorsqu'un appel à participants a circulé pour une expérience proposée par Franck Thomas Formation – un organisme avec lequel j'avais déjà eu l'occasion de me former par le passé, aujourd'hui partenaire de la Revue du Vin de France Academy –, j'ai déposé ma candidature. Mon profil a été retenu pour y participer.
Mais cette fois, il ne s'agissait pas d'une formation œnologique classique. L'enjeu était bien plus ambitieux : explorer scientifiquement si les techniques de visualisation – celles qu'utilisent les sportifs de haut niveau pour améliorer leurs performances – pouvaient s'appliquer au monde de la dégustation de vin.
Une étude scientifique déguisée en dégustation
Dès le départ, le projet avait quelque chose d'intrigant. Nous étions environ 75 à 80 participants, répartis en deux groupes d'une quarantaine de personnes chacun. Ce que nous ne savions pas immédiatement, c'est que nous faisions partie d'une véritable étude scientifique avec un protocole rigoureux : un groupe témoin (dont je faisais partie) et un groupe "entraîné" à la visualisation.
L'objectif ? Déterminer si, comme un athlète qui visualise mentalement son match avant de le jouer, un dégustateur peut améliorer ses capacités sensorielles en s'entraînant à visualiser des dégustations, à anticiper mentalement des arômes, à se projeter dans l'expérience sensorielle avant même de porter le verre à ses lèvres.
Cette approche scientifique appliquée à l'œnologie m'a tout de suite séduit. Dans un domaine où le vocabulaire peut parfois sembler ésotérique et les certitudes absolues, l'idée d'une démarche expérimentale rigoureuse apporte un souffle de rigueur bienvenu.
Phase 1 : Plusieurs mois de questionnaires réguliers
L'expérience s'est déroulée en deux grandes phases. La première, qui s'est étalée sur plusieurs mois, consistait simplement à remplir des questionnaires en ligne que nous recevions environ toutes les deux semaines. Rien d'un entraînement sensoriel à proprement parler : de courts quiz de notation, à intervalle régulier.
Ces questionnaires n'avaient rien d'académique ou de théorique. Ils étaient conçus pour nous faire réfléchir à notre rapport sensoriel au vin de manière très concrète. Le format était systématiquement le même : on nous demandait de noter de 1 à 10 différents aspects de notre expérience de dégustation.
Des questions qui font réfléchir
Voici le type de questions auxquelles nous devions répondre :
Sur la familiarité avec les sensations et arômes
- À quel point cette sensation est-elle familière pour vous ?
- Reconnaissez-vous facilement cet arôme lors d'une dégustation ?
- Avez-vous déjà identifié clairement cette note dans un vin ?
Sur l'attention portée aux différents aspects de la dégustation
- Lors d'une dégustation, combien de temps consacrez-vous à l'examen visuel (la robe) ?
- Quelle importance accordez-vous aux arômes par rapport aux saveurs en bouche ?
- Votre attention varie-t-elle selon que vous dégustez seul ou en groupe ?
Sur les contextes de dégustation
- Votre approche est-elle différente entre amis, lors d'un repas, ou dans un cadre professionnel ?
- Portez-vous la même attention aux détails selon le contexte ?
- Certaines situations vous rendent-elles plus ou moins réceptif aux nuances ?
Ce qui était intéressant dans cet exercice, c'est qu'il nous forçait à prendre conscience de nos habitudes de dégustation. Combien de fois déguste-t-on "en pilote automatique", sans vraiment s'arrêter sur ce que notre attention privilégie ou néglige ? Ces questionnaires bimensuels agissaient comme des petits rappels : "Hé, la prochaine fois que tu ouvres une bouteille, observe-toi vraiment."
Je dois avouer qu'au moment de remplir ces questionnaires, je ne comprenais pas encore totalement où l'expérience voulait en venir. Quel serait l'impact de ces réponses sur les résultats finaux ? Comment ces données seraient-elles analysées ? À ce jour, les résultats de l'étude n'ont pas encore été communiqués, et j'attends avec impatience de découvrir si, effectivement, il y a eu une différence mesurable entre le groupe témoin et le groupe entraîné à la visualisation.
Phase 2 : La dégustation en ligne – 9 vins, 40 participants, 2 heures
Après ces semaines de questionnaires à distance, est arrivé le moment tant attendu : la dégustation collective en ligne. La Revue du Vin de France Academy nous avait envoyé à domicile un kit de dégustation comprenant 9 vinottes – ces petites bouteilles de 2 centilitres (conditionnées par Vinovae) qui permettent de déguster 9 vins sans finir ivre mort. Ce ne sont pas des formats que l'on trouve facilement à la vente.
La composition était soigneusement pensée : 2 vins blancs et 7 vins rouges, sélectionnés pour couvrir différents styles, régions et profils aromatiques. Je vous partagerai la liste complète un peu plus loin dans cet article.
Un format hybride efficace
La dégustation s'est déroulée sur environ 2 heures via Zoom, notre groupe de 40 participants réuni virtuellement. En parallèle de la visioconférence, nous devions remplir des questionnaires en ligne au fil des dégustations – un format hybride qui, je dois dire, fonctionne remarquablement bien.
La session était structurée en trois exercices distincts, chacun avec son protocole spécifique – et c'est là que l'aspect scientifique et pédagogique de l'expérience prenait tout son sens.
Exercice 1 : La visualisation du citron et les deux blancs
Le premier exercice portait sur les deux vins blancs. Mais avant même de porter le verre à nos lèvres, on nous a demandé un exercice de visualisation mentale : imaginer un citron dans notre cuisine.
Pas simplement penser "citron" de manière abstraite. Non, vraiment se projeter mentalement : visualiser le citron sur le plan de travail, imaginer sa texture, sa couleur, anticiper mentalement les sensations qu'il procurerait si on le coupait, le sentait, le goûtait. Faire appel à notre mémoire sensorielle pour "activer" mentalement les arômes et sensations associés aux agrumes.
Ensuite seulement, nous avons dégusté les deux vins blancs, avec une consigne précise : noter leur acidité et leurs arômes d'agrumes.
L'idée, évidemment, était de voir si cette "préparation mentale" influençait notre perception. Ceux qui avaient vraiment pris le temps de visualiser le citron étaient-ils plus sensibles aux notes citronnées ? Plus précis dans leur évaluation de l'acidité ? C'est exactement le type de questions que cette étude cherchait à explorer.
Une petite critique méthodologique
J'avoue avoir été un peu surpris qu'on nous demande de noter l'acidité du tout premier vin sans avoir dégusté autre chose avant. C'est un biais bien connu en dégustation : le premier vin d'une série paraît toujours beaucoup plus acide qu'il ne l'est réellement, car notre palais n'a pas encore de référence pour calibrer sa perception.
Avec le recul, un vin "d'échauffement" – qu'on aurait dégusté sans le noter, juste pour préparer le palais – aurait peut-être permis une évaluation plus juste de l'acidité du premier blanc de l'exercice. Mais peut-être que cette absence de référence faisait justement partie du protocole scientifique ? C'est le genre de détails dont j'aimerais discuter quand les résultats de l'étude seront publiés.
Exercice 2 : Le jeu du vin témoin (le plus fascinant)
Le deuxième exercice était probablement le plus intéressant et le plus compliqué de la soirée. Il portait sur cinq vins rouges, mais avec un protocole très particulier.
On nous a d'abord fait déguster le vin n°4 en tant qu'échantillon témoin, seul, à part. On nous a demandé de prendre notre temps, de vraiment mémoriser ses arômes, son goût, les sensations qu'il procurait. Créer une "empreinte sensorielle" de ce vin dans notre esprit.
Puis, nous avons dégusté les vins n°3, 5, 6 et 7 avec une consigne claire : noter à quel point chacun était similaire ou différent du vin témoin n°4.
Ce qui rendait l'exercice particulièrement intéressant – et que nous ne savions pas sur le moment – c'est qu'un de ces quatre vins était exactement identique au témoin. Le vin n°5 était le même que le n°4.
Ma grande surprise : ne pas reconnaître le jumeau
Et là, j'avoue avoir été complètement surpris par mes propres résultats. Pour moi, le vin n°5 n'était clairement pas le plus proche du témoin. Au contraire, il me paraissait beaucoup plus expressif que le vin n°4 : plus de sucrosité perceptible, des tanins que je percevais comme nettement plus puissants, un côté herbacé bien plus marqué. Sur mes notes prises sur le moment, je lui avais attribué une similarité de 2/10 avec le témoin – l'exact opposé d'un jumeau identique.
Comment est-ce possible ? Comment un même vin peut-il nous sembler aussi différent à quelques minutes d'intervalle ?
Plusieurs hypothèses me viennent :
- La contamination par le verre : nous utilisions le même verre d'un vin à l'autre, simplement rincé entre deux. Or les arômes de noix du Chardonnay blanc étaient si puissants qu'ils persistaient même après rinçage du verre – je l'ai constaté directement (voir plus loin). Des résidus de ce blanc très expressif accrochés au verre au moment de déguster le n°5 pourraient l'avoir rendu plus aromatique, plus riche en bouche – et donc plus éloigné du témoin n°4 qu'il ne l'était réellement
- Deux bouteilles différentes : rien ne garantit que les vinottes n°4 et n°5 provenaient de la même bouteille. Une simple variation bouteille à bouteille pourrait expliquer une partie de l'écart que j'ai perçu entre le témoin et son supposé jumeau
- L'ordre de dégustation : au-delà du blanc, avais-je dégusté d'autres vins entre le témoin et son jumeau qui avaient "recalibré" mon palais ?
- La mémoire sensorielle : notre capacité à retenir précisément un profil aromatique est peut-être plus limitée qu'on ne le pense
- L'aération : le vin n°4 témoin avait-il légèrement évolué dans le verre pendant que je dégustais les autres ?
- L'attente et le biais : le fait de chercher des différences m'a-t-il inconsciemment poussé à en trouver là où il n'y en avait pas ?
Certains des autres vins de cette série étaient vraiment extrêmement différents du témoin – aucun doute là-dessus. Mais cette confusion sur le jumeau parfait m'a profondément questionné sur la fiabilité de notre mémoire sensorielle immédiate.
C'est précisément ce type d'expérience qui rend cette étude si précieuse : elle nous confronte aux limites de notre propre perception, sans jugement, juste avec des faits mesurables.
Exercice 3 : Retour à la dégustation classique
Le troisième et dernier exercice portait sur les deux derniers vins. Après l'intensité cognitive de l'exercice précédent, celui-ci était plus classique : une dégustation avec commentaires génériques sur les vins.
Je dois relire mes notes pour vérifier s'il y avait une consigne spécifique particulière, mais de mémoire, c'était un retour à une approche plus traditionnelle de la dégustation – peut-être justement pour voir comment nous nous comportions après avoir été soumis à ces protocoles plus structurés.
Cette progression des exercices – de la visualisation guidée, au test de mémoire sensorielle, puis au retour à la dégustation "libre" – révèle une vraie réflexion pédagogique sur la construction de l'expérience.
Les avantages du format en ligne
Je n'ai rencontré aucun problème particulier avec ce format dématérialisé. Au contraire, il présente plusieurs avantages indéniables :
La portée géographique : Réunir 40 personnes venant de lieux différents en même temps serait logistiquement complexe – voire impossible – en présentiel. Le format en ligne permet de créer une véritable communauté de dégustateurs sans contrainte de déplacement.
Le suivi dans le temps : La combinaison questionnaires préparatoires + dégustation finale permet un accompagnement sur plusieurs semaines, créant une vraie progression pédagogique. On ne débarque pas "froid" le jour J, on arrive avec un bagage de réflexion préalable.
L'intimité de la dégustation à domicile : Déguster chez soi, dans son environnement, avec ses verres, à son rythme (tout en suivant le groupe), c'est aussi une forme de confort qui peut libérer certaines inhibitions qu'on pourrait avoir dans un cadre plus formel.
Bien sûr, il manque la dimension humaine du présentiel – les échanges informels, les discussions spontanées autour d'un verre – mais pour une expérience scientifique nécessitant des conditions standardisées, le format en ligne est parfaitement adapté.
Les vins qui marquent : quand l'inattendu s'invite dans le verre
Sur les 9 vins dégustés, deux m'ont particulièrement marqué – et pour des raisons diamétralement opposées.
Le Chardonnay chilien : quand l'oxydation devient un style
Le deuxième vin blanc était un Chardonnay du Chili qui a immédiatement divisé le groupe. Dès le nez, on sentait quelque chose d'inhabituel : des arômes de noix très prononcés, une certaine rondeur, une complexité qui n'est pas celle qu'on attend habituellement d'un Chardonnay du Nouveau Monde.
À l'œil, la robe n'était pas limpide – un détail qui n'est pas anodin et qui a immédiatement soulevé des questions. La grande interrogation qui a émergé dans le groupe : est-ce un défaut ou est-ce voulu ?
L'aspect oxydatif très prononcé pouvait suggérer un vin passé, un problème de conservation, une bouteille défectueuse. Mais plusieurs éléments laissaient penser qu'il s'agissait d'un choix stylistique assumé, peut-être un vin nature ou un élevage oxydatif volontaire, dans l'esprit de certains vins du Jura ou de chenins blancs élevés longuement.
Le débat défaut ou style : témoignages divergents
Ce débat n'était pas que théorique. Une autre participante m'a confié après la dégustation : "J'ai eu des soucis avec le vin n°2 qui était défectueux. Très fort en noix, cacahuète, rance... Après le 2, je me suis rincé la bouche à l'eau et au pain mais j'ai eu beaucoup de mal à me débarrasser du mauvais goût."
Pour elle, c'était clairement un défaut. Pour moi, c'était intrigant au point de vouloir commander des bouteilles pour approfondir. Deux perceptions, deux vérités sensorielles également valides. C'est exactement ce type de divergence qui rend la dégustation si fascinante – et si humainement imparfaite.
Ce débat m'a tellement intrigué que j'ai commandé deux bouteilles de ce vin pour l'explorer plus en profondeur à tête reposée. Parce que c'est précisément ce type d'expérience qui fait la richesse de la dégustation : tomber sur un vin qui vous déstabilise, qui vous sort de votre zone de confort, qui vous force à questionner vos références. Je mettrai d'ailleurs cet article à jour avec mes impressions une fois ces deux bouteilles dégustées tranquillement.
Mais ce Chardonnay m'a réservé une autre surprise. Ses arômes de noix étaient d'une puissance et d'une persistance extraordinaires. Tellement marqués que je les sentais encore dans les vins rouges que j'ai dégustés par la suite. Une vraie "contamination" sensorielle qui m'a fait réaliser à quel point un vin très expressif peut influencer notre perception des vins suivants – un phénomène qu'on sous-estime souvent lors des dégustations.
Le Rhône puissant : quand le vin rencontre la bière impériale
Le second vin qui m'a marqué était le vin n°6 : David Reynaud – Crozes-Hermitage "Les Croix" 2020, un 100% Syrah de la vallée du Rhône. Un vin puissant, structuré, qui ne fait pas dans la dentelle.
Mais ce qui m'a véritablement fasciné, c'est son profil aromatique absolument atypique. Ce vin développait des arômes qui me rappelaient certaines bières Imperial Stout très fortes, celles qui sont vieillies en fût de chêne ou en fût de sherry. On retrouvait cette complexité torréfiée, ces notes de café, de cacao amer, de fruits noirs confits, presque de réglisse, avec une profondeur et une longueur en bouche remarquables.
C'est le genre de vin qui transcende les catégories. Vous pourriez le servir à un amateur de bières artisanales fortes et il y retrouverait des repères familiers. C'est aussi ce type de découverte qui me rappelle pourquoi j'aime le vin : cette capacité à surprendre, à créer des ponts entre des univers qu'on croit séparés.
La liste complète des 9 vins
Voici les références exactes des vins dégustés lors de cette expérience, organisées par exercice :
Exercice 1 : Les deux vins blancs (visualisation du citron)
Vinotte n°1 : Gavoty – Cuvée Clarendon Blanc 2022
100% Rolle (Vermentino)
Mes notes : agréable dès le premier nez, légèrement beurré, acidité plus présente au nez qu'en bouche. Première gorgée très acide – biais classique sans vin d'échauffement préalable.
Vinotte n°2 : Herrera Alvarado (Chili) – Oro Blanco 2017
100% Chardonnay
→ Le fameux Chardonnay oxydatif aux arômes de noix qui m'a tant marqué
Mes notes : non filtré. Explosion d'arômes dès le premier nez – intense, très expressif, agréable. Noix persistante en bouche, légère amertume, belle longueur. Fait marquant : même après rinçage du verre, les arômes restaient très présents.
Exercice 2 : Le test du vin témoin (5 vins rouges)
Vinotte n°3 : Domaine La Florane – Je ne souffre plus – Côtes du Rhône Villages 2021
50% Grenache / 50% Syrah
Mes notes : arômes et structure tannique rappelant le n°4, mais moins alcooleux. Similarité avec le témoin : 6/10. Plusieurs participants ont convergé sur ce vin comme le plus proche du témoin.
Vinottes n°4 & 5 : Saint-Maurice – Échevin Rouge 2022
70% Syrah / 30% Grenache
→ Attention : ces deux vinottes contenaient exactement le même vin. La n°4 était le "vin témoin" à mémoriser, la n°5 son jumeau que je n'ai pas su reconnaître
Mes notes n°4 (témoin) : robe claire, arômes difficiles à identifier – cerise et herbacé mêlés. Acidité modérée, légère amertume, tanins plutôt souples, longueur moyenne. L'alcool persistait plus que les arômes en finale. Note globale : 6/10.
Mes notes n°5 : perçu comme beaucoup plus expressif, plus de sucrosité, tanins plus puissants, côté herbacé nettement plus marqué. Similarité estimée avec le témoin : 2/10.
Vinotte n°6 : David Reynaud – Crozes-Hermitage "Les Croix" 2020
100% Syrah
→ Le vin puissant aux arômes de bière Imperial Stout qui m'a fasciné
Mes notes : fruits rouges confits/compotés expressifs, acidité belle et franche (bien plus élevée que le témoin), tanins légers. Côté "vieille cave poussiéreuse" et boisé. Très agréable au nez, un peu moins convaincant en bouche. Clairement le plus différent du témoin : 0/10.
Vinotte n°7 : Cave de Cairanne – L'Insouciante Rouge 2020
Majorité Grenache avec un peu de Syrah et de Carignan
Mes notes : arômes mutés, tanins souples, acidité moyenne, sans amertume ni herbacé. Étonnamment aqueux, "faible en tout". Similarité avec le témoin : 4/10.
Exercice 3 : Les deux derniers vins
Vinotte n°8 : Domaine Bonnardot – Les Grandes Terres Rouge 2019
100% Pinot Noir
→ Note de Franck Thomas : "Défaut de souris ressenti par une majorité d'entre vous, mais ne soyez pas effrayé.e.s par ce domaine qui fait vraiment de belles cuvées !"
Mes notes : fruits rouges, cerise, léger boisé. Côté volatil/vinaigré que j'ai trouvé agréable sans l'identifier comme défaut. Acidité forte en bouche, peu de tanins, légèrement court. Un arôme que je n'arrivais pas à nommer mais qui me plaisait – probablement la souris elle-même.
Vinotte n°9 : Domaine Chamonard – Fleurie 2020
100% Gamay
Mes notes : moins expressif et fruité que les précédents, plus boisé/herbacé. Équilibré mais court, l'acidité prend le dessus en finale. Sans grande émotion – "bof".
Ce que révèle vraiment cette expérience : la belle anarchie des palais
Au-delà des vins eux-mêmes, ce qui m'a le plus frappé durant cette dégustation, c'est la diversité absolument vertigineuse des perceptions entre les participants – et même au sein de mes propres perceptions.
L'exercice du vin témoin a été à cet égard une révélation personnelle : ne pas reconnaître comme identique un vin que j'avais dégusté quelques minutes plus tôt m'a fait prendre conscience à quel point notre mémoire sensorielle est faillible et à quel point nos perceptions peuvent être influencées par le contexte, l'ordre, l'attente.
Des goûts opposés, parfois radicalement
Pendant la session, il était fascinant d'observer via le chat et les échanges vocaux comment un même vin pouvait susciter des réactions complètement opposées. Le vin n°4 – notre vin témoin – en est l'illustration la plus frappante. Je l'avais trouvé agréable (6/10), avec des tanins plutôt souples et une acidité modérée. Pourtant, une majorité de participants semblait l'avoir jugé trop tannique, trop acide – beaucoup ne l'ayant pas du tout apprécié. Un seul autre participant, parmi les échanges que je pouvais suivre dans le chat, se rapprochait de mon ressenti. Même vin, même moment : deux réalités sensorielles radicalement différentes.
Cette expérience collective a mis en lumière quelque chose qu'on sait intellectuellement mais qu'on ne mesure pas toujours : il n'y a pas UN palais universel, il y a des dizaines de palais différents, avec leurs sensibilités propres, leurs points aveugles, leurs préférences construites par l'expérience, la culture, la biologie.
Le mythe du consensus
Bien sûr, sur certains aspects très marquants – un défaut technique flagrant, une qualité exceptionnelle évidente – un certain consensus émergeait dans le groupe. Mais ces moments de convergence étaient étonnamment rares.
Le plus souvent, les avis divergeaient de manière significative. Et c'est peut-être l'enseignement le plus précieux de cette expérience : dans la dégustation, il faut se méfier des certitudes absolues et des jugements péremptoires. Ce qui est "bon" ou "mauvais" est beaucoup plus subjectif qu'on ne veut bien l'admettre.
Les débats sur les défauts
Cette diversité de perception s'est particulièrement manifestée lors des discussions sur les potentiels défauts. Sur deux ou trois vins, certains participants identifiaient clairement ce qu'ils considéraient comme des défauts – bouchonné, volatile, réduction...
Mais ce qui était troublant, c'est que ces "défauts" n'étaient pas perçus de la même manière par tous les échantillons. Certains participants trouvaient leur échantillon parfait quand d'autres, avec une vinotte du même vin, détectaient un problème évident.
Le cas le plus intéressant fut celui du vin n°8, le Pinot Noir de Bonnardot. Sur le moment, je l'avais plutôt apprécié : des arômes de cerise et de fruits rouges, un côté volatil/vinaigré que j'avais perçu comme une curiosité plaisante, et surtout un arôme que je n'arrivais pas à nommer mais qui me plaisait distinctement. Ce n'est qu'après la session que j'ai compris : ce que j'avais trouvé agréable – et que je n'avais pas su identifier – était très probablement le défaut de souris lui-même.
Franck Thomas a confirmé après coup que ce défaut avait été ressenti par une majorité de participants. Ce défaut particulier – qui se manifeste par des arômes désagréables rappelant l'urine de rongeur – est l'un des plus polarisants en dégustation : certains y sont extrêmement sensibles, d'autres, comme moi ce soir-là, ne le perçoivent pas du tout comme un défaut.
Cela soulève des questions intéressantes : variation entre les vinottes ? Sensibilités différentes aux mêmes molécules ? Contexte de dégustation (fatigue, ordre des vins) ? Probablement un peu de tout cela.
Peu d'échanges mais beaucoup de concentration
Je dois préciser que, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer d'une dégustation collective, il n'y a pas eu énormément d'échanges durant la session. Le format était dense – 9 vins en 2 heures, cela ne laisse pas beaucoup de marge pour les digressions – et la plupart du temps était naturellement consacré à la dégustation elle-même et au remplissage des questionnaires en parallèle.
Les quelques discussions qui ont émergé portaient essentiellement sur ces potentiels défauts et sur le Chardonnay oxydatif qui a vraiment été le vin polarisant de la soirée.
Qui devrait tenter ce type d'expérience ?
Sans hésitation, je recommande ce type d'expérience à toute personne sérieusement intéressée par le vin et la dégustation.
Pour qui ?
Les amateurs confirmés qui cherchent à approfondir leur compréhension sensorielle trouveront dans ce format une vraie valeur ajoutée. Ce n'est pas une formation pour débutants – on ne vous explique pas ce qu'est un tanin ou comment différencier un Merlot d'un Cabernet. C'est plutôt un laboratoire d'exploration de votre propre perception.
Les professionnels du vin – sommeliers, cavistes, vignerons – pourraient également y trouver un intérêt dans la dimension scientifique de l'approche et dans la confrontation avec des palais très divers.
Les curieux de pédagogie intéressés par les méthodes d'apprentissage innovantes apprécieront l'approche par la visualisation et le protocole scientifique.
Mais comment y accéder ?
C'est là que le bât blesse : ce type d'expérience n'est pas forcément facile à trouver. Dans mon cas, j'ai été contacté précisément parce que j'avais déjà participé à des formations avec Franck Thomas Formation par le passé.
L'organisme disposait donc de mes coordonnées et savait que j'avais un intérêt pour la formation œnologique continue. Pour quelqu'un qui n'est pas déjà dans leur base de contacts, il faudrait probablement être proactif : s'inscrire à leur newsletter sur franckthomas.fr, manifester son intérêt pour leurs formations, et espérer être au bon endroit au bon moment quand une nouvelle étude de ce type sera lancée.
En attendant les résultats : une expérience qui questionne
À l'heure où j'écris ces lignes, les résultats de l'étude n'ont pas encore été communiqués. Nous ne savons donc pas si, effectivement, le groupe entraîné à la visualisation a montré des performances différentes du groupe témoin.
Cette attente fait partie de l'expérience. Elle nous rappelle que la science prend du temps, que les données doivent être analysées rigoureusement, que les conclusions ne peuvent pas être tirées à chaud.
D'ailleurs, une participante a fait une suggestion très pertinente : "Il aurait pu être intéressant d'avoir un échange après l'expérience avec le 2e groupe témoin pour savoir s'ils avaient perçu les dégustations différemment dans la mesure où leur 'conditionnement' était différent."
Cette idée d'un débriefing croisé entre les deux groupes aurait effectivement pu être fascinante : comparer nos perceptions, nos difficultés, nos stratégies. Peut-être cela viendra-t-il avec la communication des résultats ?
Mais au-delà des résultats statistiques, ce qui restera de cette expérience, c'est :
Une prise de conscience de nos biais sensoriels : Les questionnaires préparatoires nous ont forcés à réfléchir à nos habitudes de dégustation, à identifier nos angles morts, à questionner nos automatismes.
L'humilité face à notre propre mémoire sensorielle : L'expérience du vin témoin a été pour moi une leçon de modestie. Si je ne peux pas reconnaître avec certitude un vin que j'ai dégusté quelques minutes plus tôt, comment puis-je être sûr de mes jugements sur des vins que je compare à des souvenirs plus anciens ?
Une humilité face à la diversité des palais : Voir à quel point les perceptions peuvent diverger sur un même vin est un antidote puissant contre le dogmatisme œnologique.
Une curiosité renouvelée : Découvrir des vins atypiques comme ce Chardonnay oxydatif ou ce Rhône aux arômes de stout, c'est un rappel que le monde du vin est bien plus vaste et surprenant qu'on ne le pense.
Pourquoi raconter cela sur Vino Nexus Club ?
Vous vous demandez peut-être le lien entre cette expérience de dégustation et Vino Nexus Club, notre plateforme dédiée aux professionnels et amateurs de vin.
La réponse est simple : l'authenticité de l'expérience.
Chez Vino Nexus Club, nous ne sommes pas seulement un outil de comparaison de prix ou une plateforme technique. Nous sommes avant tout des passionnés de vin qui vivent le vin au quotidien, qui se forment, qui dégustent, qui questionnent, qui apprennent.
Partager ce type d'expérience avec notre communauté, c'est montrer que derrière les algorithmes et les bases de données, il y a des humains qui continuent de se former, d'explorer, de se remettre en question. C'est aussi une façon de dire à nos utilisateurs : la formation continue dans le vin n'est jamais terminée, et elle peut prendre des formes surprenantes et enrichissantes.
Si vous aussi vous participez à des expériences œnologiques originales, n'hésitez pas à nous les partager. Le vin, c'est avant tout une communauté qui apprend ensemble.
Cet article sera mis à jour dès que les résultats de l'étude de Franck Thomas Formation / Revue du Vin de France Academy seront communiqués. Restez connectés !


